Perspectives française et américaine pour la gestion des conflits en Afrique

Symposium de Genève :

Coopérer pour la paix : le rôle des organisations régionales

27-28 octobre 1999, Centre de Politique de Sécurité de Genève (Suisse)

organisé par l'Organisation Internationale de la Francophonie

Perspectives française et américaine pour la gestion des conflits en Afrique

par S. Roland J.-B. ADJOVI,

chercheur à l'Institut des Hautes Etudes Internationales,

Département Relations Internationales (IHEI-DRI), Université Panthéon - Assas (Paris II)


Sommaire

1-. Introduction

2-. Des initiatives évolutives

2.1-. Une genèse différente

2.1.1-. France : un projet politique

2.1.2-. Etats-Unis : un projet militaire

2.2-. Pour un même résultat

2.2.1-. D’abord au niveau de la force elle-même

2.2.2-. Ensuite au niveau de l’organe décisionnel

2.2.3-. Enfin au niveau géographique

3-. Des initiatives d’actualité

3.1-. Des conflits actuels non résolus

3.2-. Et une mise en œuvre en cours

4-. Les initiatives à l'épreuve du terrain

4.1-. Les forces d’interposition récentes en Afrique : ECOMOG et MISAB

4.1.1-. L’ECOMOG à Bissau

4.1.2-. La MISAB à Bangui

4.2-. Les partenaires africains de RECAMP et d’ACRI dans des crises d’actualité

4.2.1-. Le Sénégal à Bissau

4.2.2-. L’Ouganda en République démocratique du Congo

4.2.3-. L’Ethiopie en guerre contre l’Erythrée

5-. En guise de conclusion : le régionalisme

6-. Bibliographie

6.1-. Publications écrites

6.2-. Publications Internet

6.2.1-. Ouvrages et Articles

6.2.2-. Revues en ligne

6.2.3-. Autres sites d'informations


1-. Introduction*

Comme Clausewitz le disait, la guerre c’est la poursuite de la politique par d’autres moyens. Il n’est donc nullement étonnant que la guerre apparaisse souvent dans l’histoire de l’humanité. L’Afrique n’échappe pas à ce constat. Mais ce n’est point une fatalité : l’homme l’a toujours combattue. Et c’est pourquoi les Nations Unies sont nées : « Nous peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances […], à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales. »[1] Toutefois l’organisation n’a pas pu disposer de tous les moyens prévus par sa Charte, notamment la constitution d’une armée internationale dans le cadre du chapitre VII avec le Comité d’Etat-major : il en a découlé les opérations de maintien de la paix. La guerre froide et le droit de veto combinés n’ont pas permis une mise en œuvre facile de cette pratique pour assurer la paix et la sécurité internationale.

Avec la fin de la guerre froide et l’opération Tempête du désert au Koweït, le monde a espéré que les Nations Unies à travers le Conseil de sécurité, pourraient mieux garantir l’humanité contre les conflits[2]. Mais c’était sans compter la volonté des Etats membres fournisseurs des ressources humaines et matérielles, qui rechignent à mettre à la disposition de l’organisation internationale, les moyens de sa politique. Le cas le plus flagrant est celui des Etats-Unis : leur participation à l’opération Restore Hope en Somalie[3] a été fort médiatisée. Lorsque dix-huit G.I.’s ont perdu la vie[4] dans une mission de maintien de la paix devenue une véritable guerre contre non pas une partie adverse, mais des parties adverses disséminées et incontrôlées, la même opinion publique qui avait été scandalisée par les atrocités à Mogadiscio et soutenu l’intervention, a réclamé le retour de ses fils. Le retour a été moins médiatisé mais non moins total. Mieux, un décret présidentiel américain (PDD 25) a redéfini restrictivement la participation américaine aux opérations de paix[5].

Dans ces conditions, c’est l’Afrique qui a le plus pâti. En effet la conflictualité en Afrique s’est aggravé avec la fin de la guerre froide : il y a eu plus de conflits et surtout moins de moyens pour les résoudre. Et ce sont les conflits en Afrique qui n’ont pas pu être résolus dans le cadre institutionnel des Nations Unies. Les solutions devaient alors être trouvées ailleurs que dans le cadre classique des opérations de maintien de la paix.

Aux maux simples, des remèdes simples. Le problème principal reste l’investissement humain[6]. Ceci a été flagrant dans l’intervention au Kivu : le Conseil de sécurité a décidé de la mise en place d’une force multinationale mais les troupes à envoyer n’ont pas pu être trouvées ! Il fallait donc trouver des moyens humains ailleurs. Il n’a pas fallu chercher longtemps puisque le remède aussi était simple : l’Afrique doit fournir les hommes pour les interventions la concernant. Et c’est autour de cette nouvelle donne que vont tourner différentes initiatives. On parle alors de « force africaine d’intervention »[7].

Des différents projets, nous ne nous intéresserons qu’à deux : le projet français connu aujourd’hui sous la dénomination RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) et celui américain ou l’ACRI (african crisis response initiative ou initiative de réaction aux crises africaines). La raison en est qu’elles sont les deux plus avancées sur le terrain, de sorte qu’elles pourraient être perçues comme concurrentes[8].

Ces deux initiatives sont d’actualité d’une part parce que leur mise en œuvre se poursuit, et d’autre part parce que les problèmes qui les ont vu naître demeurent non résolus. C’est l’aspect qui sera traité (3) après que nous ayons retracé l’évolution subie par les différents projets pour aboutir à la version qu’on connaît aujourd’hui (2). Ensuite nous tenterons une mise à l’épreuve des projets (4) : il s’agira de voir en pratique, quelle utilisation des Etats africains bénéficiaires en ont fait, de sorte à déterminer leurs limites. Nous ne saurions clore nos propos, sans faire de propositions concrètes (5), lesquelles tourneront autour du régionalisme avec un regard particulier pour l’Organisation Internationale de la Francophonie qui a organisé ce symposium.


2-. Des initiatives évolutives

Les deux projets sont officiellement nés avec deux ans de décalage environ mais présentent aujourd’hui des aspects de fond communs, tout en restant profondément différents..

2.1-. Une genèse différente

2.1.1-. France : un projet politique

La France fait sa toute première proposition lors du Sommet de Biarritz - Sommet France-Afrique, novembre 1994 - pour la constitution d’une force africaine d’intervention. Il a été alors demandé au général togolais, Gnassingbe Eyadéma, de construire le projet. Celui-ci a proposé le Comforce qui serait composé de troupes ouest-africaines (entre 1500 et 3000 hommes)[9]. Ce travail a enrichi les réflexions sans se concrétiser tel quel.

Ainsi, après le Sommet de Ouagadougou - Sommet France-Afrique, 1995 - où la conception togolaise du projet a été rendue publique, la France a entamé des consultations sous forme de séminaire et d’exercices militaires. D’abord il y a eu le séminaire de Dakar en 1995 (14 et 15 novembre) sur « la diplomatie préventive et le maintien de la paix en Afrique ». Ensuite il y a les exercices militaires conjoints Nangbéto (19 au 21 mars 1997) avec le Bénin, le Burkina-Faso et le Togo, et Eléphants (fin 1997) avec la Côte d’Ivoire. Au final, le projet français apparaît sous sa forme achevée de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix ou RECAMP.

2.1.2-. Etats-Unis : un projet militaire

Aux Etats-Unis, le projet a été difficile à concevoir, ou tout au moins à mettre en place. En effet depuis 1994, une proposition avait déjà été faite par un groupe de chercheurs venus des quatre coins du monde, réunis à l’Institut de Paix des Etats-Unis (United States Institute of Peace)[10]. Mais cette proposition n’a reçu aucun écho de la part des politiques.

Les militaires plus impliqués dans les opérations de maintien de la paix n’étaient pourtant pas du reste, et c’est d’ailleurs eux qui ont réussi, à notre avis, à faire mûrir le projet. Déjà en 1994, dans un écrit de Leonard Sullivan Jr. publié par l’Institut d’Etudes Stratégiques de Collège militaire des Etats-Unis, on peut lire que pèse sur les Etats une obligation communautaire de contribuer au-delà de leurs frontières, au respect d’un corps de règles ou valeurs universelles, pour une stabilité et une prospérité régionale[11]. N’est-ce pas là une des idées forces qui sous-tendent aujourd’hui le régionalisme, le principe d’intervention et, à une plus grande dimension, la responsabilité principale reconnue au Conseil de sécurité par l’article 24 de la Charte de San Francisco ?

Ensuite face aux crises burundaise et rwandaise, ils (les militaires américains[12]) ont recherché ardemment les moyens d’intervenir sans s’engager une nouvelle fois dans une opération meurtrière du type Restore Hope. Et l’idée d’une force africaine d’intervention leur est apparue comme la solution idéale. Il faut souligner qu’elle avait un soutien de taille des élus américains avec la loi African Conflict Resolution Act qui fixe les priorités de l’action américaine en Afrique[13]. On parla alors de mettre en place une force de réaction aux crises africaines (ou African Crisis Response Force - ACRF). C’est cette proposition qui est faite aux Etats africains dès 1996 et qui devient par la suite initiative de réaction aux crises africaines (ou African Crisis Response Initiative - ACRI). Cette genèse différente a conduit avec l’évolution des différents projets, à des éléments de fond communs.

2.2-. Pour un même résultat

Les deux projets comme il apparaît déjà dans leur genèse, ont évolué dans le temps. Cette évolution se situe à trois niveaux.

2.2.1-. D’abord au niveau de la force elle-même

A l’origine, les concepteurs ont pensé à une force permanente, c’est-à-dire une sorte d’armée panafricaine qui serait utilisée sur tous les fronts pour combattre l’insécurité. En l’état actuel des projets, RECAMP et ACRI, il n’est plus question que de forces en attente ou de capacité.

Selon le Dictionnaire Universel Francophone[14], la capacité c’est « l’aptitude à », « la compétence acquise pour » faire quelque chose. En l’espèce, ces différents projets tendent à donner à des bataillons africains, la formation en matière d’opérations de maintien de la paix. Une formation à la fois théorique et pratique. En conséquence, il ne s’agit pas de force permanente mais d’unités au sein des armées nationales, initiées au maintien de la paix et capables d’intervenir dans le cadre particulier des opérations dites de maintien de la paix.

2.2.2-. Ensuite au niveau de l’organe décisionnel

Le pouvoir de décision d’envoi de la force, naturellement, était dévolue au Conseil de sécurité des Nations Unies. L’évolution précédente vers le concept de capacité n’a pas été sans conséquence sur ce point puisque, désormais, ce cadre rigide est écarté. Car la mise à disposition de potentiels militaires d’intervention ne suffit pas à décider le Conseil de sécurité à prendre la décision d’intervention. Il est alors implicitement admis que les capacités africaines de maintien de la paix pourront être utilisées par tout acteur interétatique compétent. Ce peut être aussi bien les Nations Unies qu’une organisation régionale[15], en sachant qu’un aval du Conseil de sécurité dans ce dernier cas est toujours souhaitable. Cette évolution apporte une plus grande souplesse dans la conception d’un système de sécurité efficace sur le continent, d’autant plus que ces projets tendent à impliquer un maximum de pays. Il faut ajouter, en ce qui concerne le cadre juridique d’utilisation de la capacité, ce sont les interventions sous le chapitre VI qui sont visées[16]. Ce qui constitue une sérieuse limite à leur champ d’action, puisqu’on est alors dans le cadre traditionnel des opérations de maintien de la paix de l’ONU où les conditions de la mise en place d’une présence militaire sont : une demande préalable de l’Etat ou des parties en conflit, le consentement de l’Etat sur le territoire duquel l’opération s’effectuera, un cessez-le-feu préalable et l’absence de coercition sauf en cas de légitime défense[17]. Or les interventions aujourd’hui notamment nécessitent en général une coercition, ne serait-ce que pour imposer aux belligérants de respecter les convois humanitaires !

2.2.3-. Enfin au niveau géographique

En effet, les deux projets, à l’origine, se sont inscrits dans des zones d’influence : les Américains dans leur nouvel environnement (l’Afrique des Grands Lacs) où ils ont des affinités certaines notamment avec l’Ouganda, et les Français dans une Afrique occidentale essentiellement francophone et ancienne colonie française (ex-AOF).

Aujourd’hui, la réalité sur le terrain est différente et moins figée. Les pays qui ont bénéficié d’une formation au titre de l’ACRI sont aux quatre coins de l’Afrique : Ethiopie, Ghana, Malawi, Mali, Ouganda, Sénégal et Tunisie[18]. Le projet RECAMP quant à lui, implique aussi bien des Etats francophones comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, que des Etats anglophones comme le Ghana, ou lusophone comme la Guinée-Bissau, car il s’est développé en coopération avec les Etats de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) notamment - mais non avec l’organisation sous-régionale elle-même. Il s’étend aujourd’hui aux Etats de l’Afrique centrale avec l’exercice Gabon 2000 prévu entre la France et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale.

Cette évolution est ainsi globale et se confirme par la tentative de coopération qui se constate au niveau international. D’abord les trois membres permanents du Conseil de sécurité les plus actifs en Afrique sur cette question de capacités de maintien de la paix - Etats-Unis, France et Royaume-Uni - se sont réunis pour signer le 22 mai 1997, un accord pour une collaboration[19]. Mais cet accord en pratique n’a donné lieu qu’à une obligation de transparence dans la conduite des différents projets, laquelle reste inefficace puisque les Etats se contentent de donner juste l’information sur les actions menées, sans engager un réel dialogue, une quelconque concertation de fond. Enfin cette évolution au niveau international s’est manifestée par les deux réunions informelles tenues au siège des Nations Unies à New York, où tous les pays intéressés étaient venus sur convocation du Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Bernard Miyet[20]. L’objectif était la mise en place d’un cadre institutionnel de coordination des initiatives.


3-. Des initiatives d’actualité

Toute cette évolution ne s’est pas faite pour rien puisque les initiatives restent toujours d’actualité dans un environnement où les crises restent encore non résolus.

3.1-. Des conflits actuels non résolus

Il suffirait de faire un rapide tour d’horizon de la conflictualité en Afrique pour nous rendre que la conflictualité est toujours omniprésente et sans solution dans nombre de cas. (Voir la carte jointe sur la conflictualité).

Dans les Grands Lacs[21], la guerre à la fois interne et internationale, est loin d’être finie. Au Kivu la rébellion avec le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, est toujours active malgré le poids des forces militaires extérieures venues soutenir l’armée de Laurent-Désiré Kabila et la division interne qui la mine. Au Burundi, au Rwanda et en Ouganda les oppositions armées sont affaiblies mais non anéanties, et font encore des victimes. Dans ce contexte, l’impasse est évidente : l’OUA n’a pas réussi à résoudre les différents conflits, l’ONU non plus avec une résolution du Conseil de sécurité pour une intervention restée sans suite, par manque de forces à mettre en place[22], sans compter que la SADC n’en a pas les moyens puisque ces Etats membres sont divisés, certains étant déjà sur le terrain aux côtés du gouvernement de Laurent-Désiré Kabila.

Au Congo-Brazzaville, Sassou Nguesso l’a emporté sur Pascal Lissouba, mais le pays n’est pas pour autant pacifié et les escarmouches continuent, même si leur intensité et leur fréquence ont diminué. Il faut rappeler que cela fait bien cinq ans que Brazzaville est en proie à différentes milices selon les temps[23].

En Angola où le mot espoir commençait à avoir un sens, la guerre est revenue de plus bel et Jonas Savimbi est retourné à son maquis. Pire il n’a plus l’entière maîtrise de son mouvement en raison des nombreuses contestations qui y apparaissent. Il est dès lors à craindre que le phénomène des seigneurs de la guerre - qu’on a connu en Somalie et au Libéria et qui est une situation catastrophique échappant à tout contrôle - ne se reproduise.

Au Soudan, en Somalie[24] et entre l’Ethiopie et l’Erythrée, les canons continuent de faire des victimes sans que la communauté internationale ne puisse réaliser son vœu d’« éloigner le fléau de la guerre ».

Enfin au Sahara Occidental, demeure un conflit toujours non résolu même si les victimes sont plus rares, avec une Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) en place depuis avril 1991 et un calendrier de vote sans cesse modifié. Tandis qu’en Sierra-Leone, on assiste depuis peu à des violences armées entre les soldats du Front Révolutionnaire Uni et leurs alliés d’hier, les putchistes du Major Koromah[25].

3.2-. Et une mise en œuvre en cours

Tous ces conflits en cours et sans solution confirment la nécessité d’un système de sécurité efficace, et confortent la mise en œuvre des initiatives française et américaine pour la gestion des conflits africains. Cette mise en œuvre se fait différemment selon la puissance initiatrice.

Les Américains dans le cadre de leur projet, offrent à l’Etat africain partenaire, une formation aux opérations de maintien de la paix conformément aux règles en vigueur aux Nations Unies, en deux temps. La formation initiale « porte essentiellement sur l’acquisition des connaissances militaires de base, le contact avec les réfugiés, l’interaction avec les organisations humanitaires et le respect des droits de l’homme » et est assurée par des instructeurs l’armée de l’air américaine. Ensuite il y a un suivi qui consiste en un programme d’entretien et de remise à niveau tous les six mois sur trois ans, avec des exercices de poste de commandement cette fois. Enfin ce programme comporte un volet équipement notamment en matériels de communication pour assurer une interopérabilité entre les unités d’intervention. Ainsi chacun des pays qui ont bénéficié du programme ACRI ont reçu des équipements Motorola de communication. (Voir la carte sur les Etats africains ayant participé à l’ACRI).

Les Français de leur côté, ont procédé à un gigantesque exercice militaire - Guidimakha - avec leurs partenaires ouest-africains. Le thème était la constitution d’une zone sécurisée pour une intervention des organisations humanitaires en faveur de populations civiles touchées par une crise interne. Cet exercice s’est poursuivi avec la constitution d’un fonds d’équipement mis à la disposition de la CEDEAO et stationné au Sénégal, qui comprend aussi bien des armes que du matériel sanitaire. Voici ce qu’en dit le Ministère des Affaires Etrangères français : « L'exercice Guidimakha, qui a réuni fin février 1998 plus de 3500 soldats de huit pays d'Afrique de l'Ouest (avec la participation d'unités françaises, américaines et britanniques), a été un premier pas dans cette voie [du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix]. La création en 1998 d'un centre de formation au maintien de la paix à Zambakro en Côte d'Ivoire en constitue une autre application comme la mise en place à Dakar du matériel nécessaire à l'équipement d'un bataillon africain de maintien de la paix. »[26]

Mais avant Guidimakha 98, il y a eu Nangbéto 97 (mars 1997) qui avait pour thème une opération humanitaire en zone non-sécurisée, et regroupait autour de la France, le Bénin, le Burkina-Faso et le Togo, sous l’observation de différentes autres puissances comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Il y a eu aussi Kompienga 98 (avril 1998) organisé par le Togo avec toujours le soutien de la France, et sur le thème de l’intervention humanitaire. Il y a eu enfin Tulipe (10 au 21 mai 1999) entre le Madagascar et la France. En janvier 2000, aura lieu Gabon 2000 entre la France et les membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC)[27].

Des deux côtés, la mise en œuvre se poursuit avec la création d’un centre d’études stratégiques. Les Américains n’ont pas encore spécifié le pays d’accueil (le centre reste actuellement itinérant), tandis que les Français ont déjà choisi Zambrako en Côte d’Ivoire[28] et sont à un stade plus avancé dans la réalisation de leurs objectifs puisque le centre a été inauguré en juin dernier. De plus la France étend cette idée à la consolidation d’écoles nationales pour l’accueil d’élèves-officiers étrangers : ce sont les écoles nationales à vocation régionale (ENVR).


4-. Les initiatives à l'épreuve du terrain

Sur le terrain, les choses ne se déroulent pas aussi bien que dans la phase préparatoire. Un seul cas constitue une réelle mise en application des deux initiatives : l’envoi de l’ECOMOG à Bissau. Mais pour l’initiative française en particulier, nous ajoutons la MISAB qui constitue une sorte d’exercice pratique précurseur (4.1). Ensuite nous nous intéresserons au comportement d’Etats retenus pour les formations ACRI et/ou RECAMP, dans les situations de crise (4.2).

4.1-. Les forces d’interposition récentes en Afrique : ECOMOG et MISAB

4.1.1-. L’ECOMOG à Bissau

En réalité, seule l’intervention récente de l’ECOMOG en Guinée-Bissau constitue réellement une mise en œuvre pratique des initiatives américaine et française pour une capacité africaine d’intervention. Car l’ECOMOG à Bissau d’une part comportait une unité béninoise qui a suivi la formation au titre de l’ACRI, et d’autre part avait le soutien logistique français notamment pour le transport aussi bien des troupes béninoise, gambienne et nigérienne, que pour celui des matériels mis à disposition provenant du stock de Dakar. C’est un véritable cas pratique du concept RECAMP[29].

Il est à noter que la décision d’envoyer une force militaire a émané de l’organisation sous-régionale ouest-africaine avec les accords d’Abuja du 31 octobre 1998. Les Nations Unies à travers le Conseil de sécurité dans sa Résolution 1216 du 21 décembre 1998, ont ensuite approuvé « l’exécution, dans la neutralité, l’impartialité et la conformité aux normes que l’ONU applique en matière de maintien de la paix, par la force d’interposition du Groupe d’observateurs militaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, de son mandat visé au paragraphe 3 ci-dessus [garantir la sécurité le long de la frontière entre la Guinée-Bissau et le Sénégal, maintenir séparées les parties au conflit et garantir un libre accès aux organisations et organismes humanitaires afin qu’ils puissent se rendre auprès des populations civiles touchées] ».

On voit ainsi, que le cadre souple a fort bien fonctionné. Malheureusement la mission n’a pas pu s’établir dans la durée pour qu’on puisse mieux apprécier son impact dans le processus de règlement de la crise puisqu’un coup d’Etat militaire est venu rendre sans effet les accords d’Abuja en évinçant le président Vieira. On peut même dire qu’elle n’a pas réussi à atteindre son objectif principal d’interposition puisque le coup d’état a pu avoir lieu !

4.1.2-. La MISAB à Bangui

Le cas de la MISAB (mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui) est un peu plus différent, notamment parce que cette opération d’interposition a été créée alors que le concept RECAMP était encore en phase d’élaboration.

Cette force a été mise en place par la déclaration relative à la fin de la mutinerie, signée à Bangui le 25 janvier 1997, après l’activisme du comité de médiation international institué par le Sommet des Chefs d’Etats d’Afrique et de France de décembre 1996. Elle avait pour mission d’assurer le respect par chacune des parties du cessez-le-feu et le maintien de l’ordre public dans la ville de Bangui. Elle était constituée d’unités provenant du Burkina-Faso, du Gabon, du Mali, du Sénégal, du Tchad et du Togo, avec le soutien matériel et logistique de la France, tout comme il est prévu dans le cadre du concept RECAMP. Cette coopération a bien réussi puisque cette mission a permis le rétablissement de la confiance entre les parties ainsi que la mise en place d’un gouvernement élargi, puis d’une mission des Nations Unies - la MINURCA (mission des Nations Unies en République centrafricaine) instituée par la Résolution 1159 du 27 mars 1998, qui bénéficie toujours d’un important soutien français. C’était aussi un cas pratique mais précurseur, du concept RECAMP[30].

4.2-. Les partenaires africains de RECAMP et d’ACRI dans des crises d’actualité

4.2.1-. Le Sénégal à Bissau

Il est à noter ici, que le Sénégal est intervenu dès les premiers jours (7 juin 1998) de la crise qui opposa le général Ansumane Mané au Président Vieira. Le Sénégal, en effet, a pris position pour le président en exercice, contre un général rebelle qui avait pour lui, l’immense majorité des forces armées bissau-guinéennes. La raison en paraît fort simple : les rebelles bénéficieraient du soutien du mouvement rebelle casamançais. Pour le Sénégal, cette intervention aurait permis de prendre la rébellion sous deux feux et de pouvoir ainsi en finir plus tôt peut-être avec elle. Quid des leçons résultant des différentes formations aux maintien de la paix ? Car il faut dire que le Sénégal a bénéficié aussi bien du programme ACRI que du RECAMP. Ce parti pris du Sénégal a rendu toute tentative de solution de la crise, difficile. C’est d’ailleurs pourquoi, la décision d’interposition de la CEDEAO impose un retrait préalable des troupes étrangères, et que l’une des missions de cette force d’interposition est d’assurer l’inviolabilité des frontières entre la Guinée-Bissau et le Sénégal[31]. Cette critique sur l’attitude du Sénégal, vaut aussi pour la Guinée qui est intervenue à ses côtés.

4.2.2-. L’Ouganda en République démocratique du Congo

Concernant l’Ouganda, la situation est à peu près semblable à celle du Sénégal et de la Guinée. Malgré sa participation au programme de formation ACRI (deux niveaux : voir carte sur les Etats ayant participé à l’ACRI), il contribue à l’insécurité de la sous-région comme auparavant. Car on se souviendra qu’il avait soutenu l’opposition armée constituée par le Front Patriotique Rwandais de Paul Kagamé contre le régime Habyarimana puis contre l’Armée Patriotique Rwandais, et la rébellion menée à travers l’Alliance du Front Démocratique de Libération du Congo de Laurent-Désiré Kabila contre Mobutu. Aujourd’hui il soutient le Rassemblement Congolais pour la Démocratie contre son allié d’hier, le même Kabila[32]. Sans compter qu’il s’oppose - ce qui constitue un fait nouveau non négligeable dans l’analyse des relations stratégiques dans la région - à son allié de toujours le Rwanda dans la poursuite ou non du soutien à un mouvement rebelle aujourd’hui divisé. Cette implication se justifie certes par sa volonté expansionniste – ou de sécurité aux frontières, selon l’angle de vue – mais elle ne constitue pas moins un facteur d’insécurité important.

4.2.3-. L’Ethiopie en guerre contre l’Erythrée

Entre l’Ethiopie et l’Erythrée enfin, on peut s’étonner que, dans ce qui constitue pratiquement le seul conflit interétatique africain, on puisse noter la participation d’un Etat éligible à suivre la formation sur le maintien de la paix et la sécurité, sans qu’aucune médiation ait pu mettre fin aux hostilités armées[33]. C’est à croire que les nouvelles notions que l’Ethiopie aspire à acquérir, ne valent que sous d’autres cieux. Heureusement les Etats-Unis ont remis aux calendres grecques, le début de cette formation.

On aurait pu espérer, à juste titre que les Etats qui ont été « nominés » pour suivre la formation ACRI, soient des exemples de bonne conduite sur la scène internationale comme les politiques américains ont tendance à le croire s’agissant notamment de l’Ouganda - tandis que le Nigeria paraît le contraire dans leurs représentations[34]. En effet, l’exemple de mauvais élève en terre africaine, s’agissant des principes démocratiques en général, et de droits de l’homme en particulier, pour les Américains, c’est le Nigeria[35]. Ceci justifie qu’il soit écarté de l’initiative américaine jusqu’à présent alors même qu’il constitue une figure de proue dans l’évolution de l’Afrique de l’Ouest[36]. Mais les Etats qui ont bénéficié de l’ACRI ne sont pas pour autant « propres ». Les exemples de conflits que nous avons soulevés ne constituent qu’un aspect de la limite de la logique sous-jacente à la politique africaine des Etats-Unis.

Une autre limite de ces initiatives américaine et française réside dans l’ignorance de l’aspect civil du rétablissement, du maintien et de la consolidation de la paix[37]. Ces initiatives offrent une formation destinée aux militaires sans prise en compte des organisations non gouvernementales par exemple, non dans l’exercice des fonctions militaires, mais dans leur terrain d’action proprement civil comme, par exemple, le soutien psychologique aux victimes mené l’ONG Handicap International pour les enfants orphelins du génocide rwandais, et plus récemment en Algérie aux familles ayant subi des atrocités. Il n’est dès lors pas étonnant que l’initiation au droit international humanitaire n’apparaisse pas dans ces formations.

Enfin il faut ajouter que le rôle de la police aussi est négligé dans ces initiatives, alors même qu’elle constitue une composante-clé aujourd’hui.

En définitive, les initiatives française et américaine ne permettent pas d’assurer totalement la paix et la sécurité africaines parce que principalement elles participent du projet unilatéral d’un Etat et que leur conception reste incomplète, notamment au regard de la destination des matériels mis à disposition et des obligations résultant pour les Etats partenaires sur la scène internationale. Même si on les considère comme composante du programme onusien de constitution de « modules de forces en attente » ou stand-by force[38], la difficulté demeure quant à la volonté des Etats disposant de bataillons disponibles d’accéder à la requête de mobilisation ou non. Car aujourd’hui plus de soixante-dix Etats ont signé avec l’ONU un accord sur les modules de forces en attente - soit une force « disponible » de plus de 100000 hommes - et pourtant face aux résolutions pour une opération de maintien de la paix, les moyens humains manquent encore[39]. Ce qu’il faut c’est un projet communautaire, communauté étant pris au sens de région ou sous-région. C’est le régionalisme.


5-. En guise de conclusion : le régionalisme

Face à ces limites des initiatives américaine et française, le régionalisme nous paraît constituer une meilleure voie.

Les organisations interétatiques ont certes des intérêts tout comme les Etats eux-mêmes, mais ces intérêts sont ceux de tous les Etats membres ou au moins de la majorité, donc très rarement ceux d’un seul Etat. Cet intérêt englobant peut mieux assurer la paix et la sécurité des Etats africains. Dans le cadre onusien, cet intérêt n’est pas souvent général en matière de paix et sécurité internationale dans la mesure où l’organe compétent à titre principal -le Conseil de sécurité- est restreint et consacre une logique de puissance. Dans un cadre régional, cet intérêt pourra exister plus facilement en raison du facteur numérique restreint. Et c’est bien là que la Francophonie intervient comme acteur potentiel important.

En effet, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) est une organisation régionale au titre du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies. Elle est d’autant plus à même de jouer ce rôle, que depuis le sommet de Cotonou, les Etats membres ont décidé d’en faire un acteur politique de taille. De plus elle a donné nombre de signes marquants de cette volonté non seulement à travers sa Charte constitutive et les résolutions issues de différents sommets[40], mais aussi à travers les déclarations de son Secrétaire Général[41]. A ces manifestations, il faut ajouter un élément inhérent à l’organisation elle-même : la solidarité qui constitue son fondement[42].

Enfin il est aussi un argument logique résultant de l’interdépendance entre les questions sécuritaires d’une part, et l’état de droit et le développement d’autre part[43]. Pour l’OIF, le développement des Etats membres a toujours été une priorité, de même que le respect des droits de l’homme et la démocratie. Or ces objectifs ne sont réalisables que dans un environnement stable et non conflictuel. En conséquence la quête de sécurité n’est qu’un pas de plus vers l’état de droit. Ce n’est pas pour rien que les interventions ont de plus en plus un caractère humanitaire et/ou une phase dite de reconstruction. La distinction entre peacekeeping et peacebuilding[44] est à ce propos fort significative, le second thème englobant le premier.

Cette prise en compte par l’OIF de la question sécuritaire des Etats membres peut se concrétiser par la mise en place d’accords avec les Etats membres et/ou d’autres organisations internationales.

Avec les Etats membres, l’OIF peut reprendre à son propre compte, la constitution de bataillons de paix, en inscrivant dans le cadre de relations multilatérales, ce que les Etats occidentaux tentent de réaliser aujourd’hui à titre individuel, notamment en Afrique. Ce ne serait là, que la réalisation du soutien que la Francophonie dit apporter « aux efforts visant à renforcer les capacités nationales à gérer les conflits sans recourir à la violence et permettant d’assurer la sécurité des personnes, par la mise en œuvre de stratégies mixtes axées sur la prévention des conflits... »[45] Ces accords devront prévoir un cadre de mise en œuvre plus clair notamment au regard de l’utilisation des forces formées au maintien de la paix. Il n’est nul besoin de prédéterminer un cadre rigide dans les moindres détails. Il suffit d’interdire l’utilisation des troupes et de l’équipement par la seule volonté de leur Etat de nationalité : toute organisation internationale compétente peut demander au Secrétaire Général de mobiliser des bataillons pour une intervention dont elle aura décidé la mise en place conformément à un accord préalable établi entre les deux organisations.

Avec les organisations internationales, l’OIF pourra nouer deux types d’accord : d’abord un accord pour l’utilisation des forces en attente qu’elle aura constituées au sein des armées nationales de ses membres [sur le fondement de ces accords le Secrétaire Général pourra mettre à la disposition de l’organisation partenaire qui en fera la demande, des troupes de paix] ; ensuite un accord pour la constitution de telles forces. Dans ce dernier cas de figure, les relations pour la mise en place des bataillons de paix et leur formation, s’inscrirait dans le cadre de relations d’organisation internationale à organisation internationale.

Cette logique d’accord de partenariat avec d’autres organisations internationales n’est pas étrangère à la pratique actuelle de l’OIF. Elle a déjà signé des accords avec des organisations internationales mais en d’autres matières que la garantie de la paix et de la sécurité internationale à proprement parler. On peut citer[46] :

·        avec l’ONU : accord du 25 juin 1997 prévoyant des échanges d’informations, une représentation mutuelle, une coopération entre les secrétariats, la réalisation de projets dans les domaines politique, économique, social, scientifique et culturel[47] ;

·        avec les ACP (le groupe des Etats africains, caraïbes et pacifiques) : accord du 23 septembre 1997 prévoyant des échanges d’informations, la mobilisation des moyens financiers pour la réalisation de projets, la participation réciproque aux réunions, l’aide aux Etats membres pour la production et diffusion des biens culturels, l’appui aux manifestations culturelles, la valorisation des ressources humaines par des actions dans le domaine de l’éducation et de la formation à distance ;

·        avec l’OUA : accord du 22 novembre 1990 prévoyant des échanges d’informations, des consultations, la représentation réciproque et des réunions techniques communes ;

·        avec le Commonwealth : accord du 26 juin 1992 prévoyant des échanges d’informations, la consultation et la représentation réciproque dans les domaines culturel, social et économique ;

·        avec la Ligue des Etats Arabes : protocole d’accord du 21 avril 1998 prévoyant des échanges d’informations, la représentation mutuelle et la consultation sur les questions d’intérêt commun ;

·        avec la CEDEAO : protocole d’accord du 20 février 1999 instituant la coopération entre les deux organisations ;

·        avec l’UDEAC (union douanière et économique de l’Afrique centrale) accord du 10 juin 1989 prévoyant des échanges d’informations, des consultations, la représentation réciproque, des réunions techniques commune, l’assistance mutuelle et des actions communes.

Cette implication de l’OIF dans la quête de solution aux crises africaines, en ne s’inscrivant pas dans le cadre de relations bilatérales d’Etat à Etat dont découlent les maux que nous connaissons déjà – notamment le clientélisme – permettrait de promouvoir une coopération entre ensembles régionaux, laquelle porte moins à dérive. Ainsi la Francophonie pourra mieux contribuer au mieux-être des populations qui composent ses Etats membres.

Un autre argument, par rapport à la question du fondement juridique des interventions au titre de l’ACRI ou du RECAMP, vient du fait que les deux projets, comme nous l’avions rapidement souligné plus haut, s’inscrivent dans le cadre du Chapitre VI. Cette limite est de taille puisque même l’intervention humanitaire que les forces sont sensées assurer en cas de crise, ne pourra pas se mettre en place si les trois conditions que nous énumérions tantôt - demande des parties ou de l’Etat, accord de cessez-le-feu préalable, consentement de l’Etat sur le territoire duquel les troupes mènent leurs activités - ne sont pas remplies. Or la protection de vies humaines est un intérêt hautement majeur qui impose à l’Etat, d’autoriser l’intervention. A défaut de son consentement, il devra la subir : n’est-il pas lui-même tenu de protéger la vie de ses ressortissants ? Toute organisation régionale qui prendrait en charge ce type de projet sécuritaire, doit tenir compte de cet élément. Au sein de l’OIF, les droits de l’homme dont le droit à la vie, sont une composante fondamentale en tant que valeur partagée consubstantielle à la francophonie. Dans ce cadre, faire primer la nécessité de protéger des vies humaines ne devrait pas poser de difficulté particulière.

Il faut dire enfin que par rapport aux autres critiques - ignorance des organisations non gouvernementales et absence d’un volet de formation pour la police - la Francophonie a encore un avantage. D’abord parce que elle a connu depuis toujours une politique décentralisée impliquant différents démembrements de l’Etat, et un partenariat poussé avec des organisations non gouvernementales, expérience qui seraient hautement appréciée sur le terrain de la paix et de la sécurité en Afrique. Ensuite parce que l’un de ses Etats membres participe activement au développement du volet police dans les interventions des Nations Unies : le Québec (Canada). Cette autre expérience donnera au projet RECAMP repris dans le cadre multilatéral de la Francophonie, un complément important.

Ajoutons à toutes ces raisons la participation majoritaire d’Etats africains à l’Organisation Internationale de la Francophonie (voir carte des Etats africains membres de l’OIF), et je crois que le secrétariat général de l’Organisation a là, de sérieux atouts pour mettre en œuvre la volonté des Etats membres de donner une dimension politique à leur regroupement de solidarité.


6-. Bibliographie

6.1-. Publications écrites

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The Commonwealth Institute <http://www.comw.org/index.html>

The Council for a Livable World <http://www.clw.org>

Center for Defense Information <http://www.cdi.org> Sur ce site il y a depuis janvier 1997, une bibliographie périodique sur le maintien de la paix et de la sécurité internationale à l'URL <http://www.cdi.org/issues/pkcite/>

France, Ministère des Affaires Etrangères, Diplomatie française <http://www.diplomatie.fr> ou <http://www.France.diplomatie.gouv.fr>

France, Ministère de la Défense <http://www.defense.gouv.fr>

France, Sénat <http://www.senat.fr> dans différents rapports.

Institut for National Strategic Studies (National Defense University) <http://www.ndu.edu/inss/insshp.html>

Institute for Security Studies (South Africa) <http://www.iss.co.za>

Nations Unies, <http://www.un.org> notamment les Rapports du Secrétaire Général sur l’activité de l’Organisation

Panafrican News Agency <http://www.africanews.org/PANA/news/>

The United States Army War College (Carlisle Barracks) <http://carlisle-www.army.mil> Sur ce site il y a une page propre à l’ACRI en construction, à l'adresse : <http://carlisle-www.army.mil/usacsl/org/pki/currenttopics/construc.htm>

The United States Department of Defense, DefenseLINK, <http://www.defenselink.mil/pubs/>

The United States House Committee on International Relations <http://www.house.gov/international_relations/welcome.htm>

The United States Institute of Peace <http://www.usip.org/>


7-. Cartes*






* Je tiens à exprimer toute ma gratitude à ceux qui m’ont fourni de la documentation dans ma recherche pour rédiger cette communication, notamment l’ambassadeur pour le RECAMP, Gabriel de Bellecisze et Mme Bonnie Angelov de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris. Que tous trouvent ici, l’expression de ma reconnaissance.

[1] Préambule de la Charte des Nations signée à San Francisco, le 26 juin 1945 et entrée en vigueur le 24 octobre 1945.

[2] Hill Stephen M. et Malik Shahin P., Peacekeeping and the United Nations, Darmouth Publishing Company, Aldershot, xiii-241p. Les chapitres 4 (The Rebirth of Peacekeeping) et 5 (The Expansion of Peacekeeping)  portent spécialement sur ce regain de foi en la responsabilité du Conseil de sécurité à maintenir la paix et la sécurité internationales.

[3] Sur la crise somalienne et les interventions extérieures (d’Etat mais aussi de l’ONU) voir : Cot Jean (dir.), Opérations des Nations Unies : Leçons de terrain : Cambodge, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie, Fondation pour les Etudes de Défense, Paris, 1995, 390p. Le chapitre 2 porte spécialement sur la Somalie p. 121-171.

[4] Malan Mark, « US Response to African Crises : an Overview and Preliminary Analysis of the ACRI », Occasional Paper (24), août 1997.

[5] Cet acte présidentiel (Presidential Decision Directive 25) de mai 1994, prévoit que les Etats-Unis n’interviendraient dans les crises à venir que si leurs intérêts sont clairement en jeu et que la mission a des objectifs clairement définis dont notamment des conditions de retrait prédéterminées. « PDD 25 : Key Elements of the Clinton Administration Policy on Reforming Multilateral Peace Operations », US Department of State, 22 février 1996, cf. le site de la Maison Blanche (communiqué de presse) à l’URL suivant :

<http://www.pub.whitehouse.gov/uri-res/I2R?urn:pdi://oma.eop.gov.us/1994/5/5/11.text.1>. Toutefois cet acte présidentiel donne une définition élargie des intérêts américains. En effet il considère toute menace ou rupture de la paix et de la sécurité internationale comme constitutive d’une menace directe contre les intérêts américains !

Sur ce PDD 25, voir MacKINNON Michael G., The U.S. Poltical Process and PDD 25 : The Formulation of American Policy Towards United Peace Operations, mémoire de DES Relations Internationales, IUHEI, Université de Genève, octobre 1996, iv-152p.

[6] Mark Malan, « Peacekeeping in Africa – Trends and Responses », Occasional Paper (31), juin 1998. De 1989 à 1995, le nombre de casques bleus est passé de 10000 à 70000. Ces deux dernières années (1998-1996), ce nombre a décru à 13000 ! Si ce n’est pas un désengagement, c’est tout au moins une réduction drastique des moyens humains. Sur le manque de personnel pour les opérations de maintien de la paix en général, voir : Hill Stephen M. et Malik Shahin P., Peacekeeping and the United Nations, Darmouth Publishing Company, Aldershot, pp. 171-174.

Toutefois, il faut dire que l’investissement financier aussi est en cause, étant donné les arriérés de paiement accumulés par les Etats au titre des opérations de maintien de la paix. Mais la constitution de troupes africaines de paix entraîne un moindre coût, nous semble-t-il.

[7] Notre mémoire de DEA, Le projet d’une force africaine d’intervention, Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), juin 1997, 82p. disponible sur notre site <http://roland.adjovi.free.fr>

[8] Ainsi on peut lire : « The other battle field concerns the creation of an African intervention force (African Standby Force) through which Paris and Washington comete to reflect in it their military expertise and updated technology in the matter », Bizimana Ladislas, Conflict in the African Great Lakes Region. A critical analysis of regional and international involvement, 1999, University of Deusto, Bilbao, p. 83.

D’autres projets ont vu le jour pour le maintien de la paix et de la sécurité en Afrique. Il y a le projet global du Canada avec le Groupe des Treize pour la constitution de brigades au service des Nations Unies. Il y a le projet de la Belgique. Celui du Royaume-Uni aussi. Et il ne faut pas oublier les initiatives des pays du Nord (Danemark, Norvège essentiellement). Sans pour autant que cette liste soit exhaustive : nous ne citons là que ceux dont nous avons connaissance. Pour un aperçu de tous les projets, voir : Ayissi Anatole, Sécurité et Stratégie (54), septembre 1997, 14-24. Voir aussi Berman Eric G. et Sams Katie E., ISS Monograph (33) sur le site de l’Institute for Security Studies, dont un paragraphe entier porte sur les efforts occidentaux pour une capacité africaine de maintien de la paix.

[9] Jeune Afrique (1881) du 22 au 28 janvier 1997, p. 18 ; et L’Autre Afrique (3) du 4 au 10 juin 1997, p. 16.

[10] Symposium de United States Institute of Peace, The U.S. Contribution to Conflict Prevention, Management, and Resolution in Africa, 28 septembre 1994. On peut lire dans les recommandations du symposium (voir le rapport disponible sur le site de l’institut) : « Over the longer term, the capacity of African states to manage intrastate conflicts should be improved… The U.S. should consider supporting the creation of a standing unit of trained administrators - sometimes referred to as ‘blue hats’ - to help with peacemaking and post-peace agreement reconstruction and development ».

[11] Honorable Leonard Sullivan Jr., Meeting the Challenges of Regional Security, US Army College, Strategic Studies Institute, février 1994. Le texte original dit : « Clearly, nations will have to learn to act together to preserve their agreed common values. The egocentric cold war concept of ‘vital national (self-) interests’ is being supplanted by a concept of ‘obligatory community service’ to support global values and enhance assurance of regional stability and prosperity. »

[12] Voir Henk Dan et Metz Steven, The US and the Transformation of African Security : the ACRI and Beyond, US Army College, Strategic Institute, p.23, sur cette recherche de solution par les militaires américains face à la crise burundaise.

[13] African Conflict Resolution Act (H.R. 4541) cité par Mary Spear et Jon Keller, « Conflict Resolution in Africa : Insights from UN Representatives and U.S. Government Officials », Africa Today 43(2)1996, p.134.

[14] C’est le dictionnaire de la Francophonie, aux éditions Hachette, 1997, disponible sur Internet à l’adresse : <http://www.francophonie.hachette-livre.fr/>

[15] Dans un document fourni par Mme Bonnie Angelov de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, intitulé « Le Renforcement de la Capacité de Maintien de la Paix (ACRI) », on peut lire : « Le déploiement des troupes de l’ACRI se fait sur décision souveraine du pays partenaire, la demande d’entités politiques internationales comme les Nations Unies, l’Organisation de l’Unité Africaine, ou d’une Organisation sous-régionale comme la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les troupes de l’ACRI pourraient aussi participer à une coalition multinationale de maintien de la paix, en Afrique ou ailleurs. » Il faut préciser que de ce document Mme Bonnie Angelov dit : « we consider this [this fact sheet on ACRI] a handy reference tool, but it is not comprehensive ».

[16] Dans le cadre de ce Chapitre, seules sont admises les actions non coercitives comme l’escorte de convoi, la protection des réfugiés, le contrôle, etc.

[17] Notre mémoire, Les missions de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies, Certificat d’Etudes Juridiques Internationales, Institut des Hautes Etudes Internationales, Université Panthéon-Assas (Paris II), 1997, p. 20.

[18] Les accords ont été signés par échange de lettres, dont certains ont été publiés dans Dispatch. Avec le Sénégal, échange de lettres des 24 juillet et 29 août 1997 (Dispatch 8(9) novembre 1997) ; avec le Malawi échange de lettres des 28 juillet et 27 août 1997 (Dispatch 8(9) novembre 1997) ; avec l’Ethiopie échange de lettres des 2 et 6 février 1998 (Dispatch 9(4) de mai 1998) ; et avec le Bénin échange de lettres des 24 juin et 23 juillet 1998 (Dispatch 9(9) octobre 1998).

[19] Gabriel de Bellescize, Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (RECAMP). Mission de M. de Bellescize auprès de l’Organisation des Nations Unies à New York, 14 - 17 décembre 1998, p. 2.

[20] Ces réunions se sont tenues en décembre 1997 et avril 1998. On peut lire sur le site de la Diplomatie française <http://www.diplomatie.fr/> à la rubrique Actualités, l’article « Politique africaine de la France » du 4 novembre 1998 : « En accord avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, elle [la France]a ainsi présenté en mai 1997 aux Secrétaires Généraux des Nations unies et de l'OUA, ainsi qu'aux Chefs d'Etat africains, un projet de dispositif visant à coordonner la coopération internationale au profit du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Placé sous les auspices des Nations Unies, ce dispositif viserait à donner les moyens aux Etats africains de prendre une part plus active aux opérations de maintien de la paix, en Afrique notamment. Le Secrétariat Général des Nations Unies a organisé autour de ce projet, en décembre 1997 et en avril 1998, deux réunions de l'ensemble des Etats intéressés. L'OUA, le 25 février 1998, a mandaté son Secrétaire Général pour assurer le suivi de cette initiative. »

[21] Sur les Grands Lacs en général, voir l’aspect juridique de la crise, traité dans : Philpot John, « La Mort du Droit international : le cas de la crise de l’Afrique des Grands Lacs dans les années 1990. Causes, responsabilités et perspectives », 11ème Conférence Continentale de l’Association américaine des Juristes, Guatemala, 6-10 octobre 1997 à l’adresse <http://www2.minorisa.es/inshuti/juriste.htm>

[22] Le 13 juillet dernier, Madeleine Albright, secrétaire d’Etat américain, « espérait » encore pouvoir disposer de moyens pour soutenir le rétablissement de la paix et la reconstruction en Sierra Leone et en République Démocratique du Congo, si les accords de paix récemment signés étaient respectés. Cf. son discours à la Convention Annuelle de la National Association for the Advancement of Colored People, New York, 13 juillet 1999 : « If the peace agreements that have been signed in those two countries [Sierra Leone and Democratic Republic of the Congo] are implemented - and we pray that they will - then we must find the resources to support peacekeeping, reconstruction and reconciliation. »

[23], Voir Leymarie Philippe, « Ces guerres qui usent l’Afrique », Le Monde Diplomatique, à l’adresse :

<http://www.monde-diplomatique.fr/199/04/LEYMARIE/11906.html> Le régime de Sassou Nguesso aurait même utilisé des armes lourdes (mortier).

[24] En Somalie, deux régions se sont proclamées Etats indépendants : Somaliland dans le nord, Puntland au centre et nord-est. Tous deux ont un site Internet pour se présenter : <http://www.somaliland.com> pour le Somaliland et <http://www.puntlandnet.com> pour le Puntland State of Somalia.

[25] Journal d’information sur la Radio Africa numéro Un, le mardi 20 octobre 1999 à 1h00 du matin. Il faut rappeler que des accords de paix ont été signés à Lomé entre le mouvement rebelle associé aux putchistes d’une part, et le gouvernement de Ahmed Tejan Kabbah.

[26] Site de la diplomatie française au <http://www.diplomatie.fr/> à la rubrique Actualités, l’article « Politique africaine » (4 novembre 1998). Les pays africains participants sont : Cap Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie et Sénégal.

[27] Un séminaire politico-militaire s’est tenu à Libreville du 16 au 18 juin 1999, qui avait pour objet de préparer cet exercice. Différentes communications qui y ont été présentes, nous ont permis de mieux appréhender le concept RECAMP notamment sa mise en œuvre en République centrafricaine avec les propos du général de brigade Ratanga.

[28] Gabriel de Bellescize, Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (RECAMP). Mission de M. de Bellescize auprès de l’Organisation des Nations Unies à New York, 14 - 17 décembre 1998, p.4. Selon l’ambassadeur de France au projet RECAMP, le centre devrait assurer des stages de différents niveaux sanctionnés par une attestation des Nations Unies, le premier devant commencer en août 1999. Malheureusement au moment où nous écrivons, nous n’avons pas pu vérifier si ces stages ont effectivement commencé.

[29] Voir le site du Ministère de la Défense français au <http://www.defense.gouv.fr> dans l’article « La France apporte son soutien au déploiement d'une force interafricaine en Guinée-Bissau » : « Depuis le 28 janvier, la France achemine les contingents de la force interafricaine en Guinée Bissau, à partir de leurs pays d'origine, ainsi que le matériel (équipement individuel des soldats, moyens de transmissions, 40 véhicules et un poste de secours) qu’elle leur fournit. La France continuera à assurer un soutien logistique depuis Dakar. » Quatre pays composent cette force : Bénin, Gambie, Niger et Togo. Il faut ajouter que c’est toujours dans le cadre du concept RECAMP que la France apporte son soutien aux bataillons africains qui participent à la MINURCA qui succède à la MISAB. « Discours d’ouverture du Président de la République, M. Jacques Chirac (Paris, 27 novembre 1998) » à la XXème conférence des Chefs d’Etats d’Afrique et de France, <http://www.diplomatie.fr/>.

[30] Voir la communication du général de brigade Barthélémy Ratanga, commandant de la Force de Maintien de la Paix en République Centrafricaine, au séminaire de Libreville, 16-18 juin 1999, intitulé « La MINURCA dans le concept RECAMP », et sur la MISAB elle-même, différentes communications faites par le général Amani Toumani Touré notamment à l’IHEDN et dans La Lettre de l’OPSA, n°1, décembre 1997.

[31] Article 6 des Accords d’Abuja du 31 octobre 1998.

[32] Une affaire est d’ailleurs en cours devant la Cour Internationale de Justice : une plainte de la République Démocratique du Congo contre le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda pour « acte d’agression ». Cf. le site de la Cour au < http://www.icj-cij.org/cijwww/cpresscom/Cpress1999/cpresscom9934_19990623.htm>.

Sur cette succession d’alliances, voir Tshiyembe Mwayila, « Ambitions rivales dans l’Afrique des Grands Lacs », Le Monde Diplomatique, janvier 1999, à l’adresse :

<http://www.monde-diplomatique.fr/199/01/TSHIYEMBE/11499.html>

[33] C’est ainsi qu’on peut lire à propos de ce conflit : « Les signes d'une reprise prochaine de la guerre s'accumulent entre l'Ethiopie et l'Erythrée opposées depuis huit mois par un différend frontalier qu'aucune des nombreuses initiatives diplomatiques de la communauté internationale n'a pu résoudre. » cf. la Revue CheckPoint News à l’adresse <http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Acutel/NewsSemaine4-99.html#af> « Ethiopie : les signes de guerre s’accumulent entre Addis-Abeba et Asmara (28/01/99) »

[34] L’une des questions adressées à Susan Rice, secrétaire d’Etat adjointe aux affaires africaines dans L’Autre Afrique du 19 mai au 1er juin 1999 (p. 15), est révélatrice de cette analyse de la perception américaine de l’Afrique : « Ces dernières années, les Etats-Unis ont semblé présenter comme représentatifs d’une nouvelle race de leaders africains, des personnes comme l’Ougandais Museveni, le Rwandais Kagame, l’Ethiopien Zenawi, l’Erythréen Afeworki, mais aussi le Ghanéen Rawlings et même, dans une certaine mesure, Kabila. L’actualité récente montre que certains de ces dirigeants sont tout aussi capables d’irresponsabilité que les dinosaures, notamment en entraînant leur pays ou leurs voisins dans des guerres absurdes. »

[35] Ceci semble évoluer notamment quant aux relations économiques, depuis les dernières élections présidentielles (mai 1999) qui ont conduit un civil (ancien militaire certes), Obasanjo, à la tête du géant ouest-africain. Cf. discours de Susan Rice, secrétaire d’Etat adjointe chargée des Affaires africaines dans l’administration Clinton, au Sommet National sur l’Afrique organisé à Baltimore (Maryland) le 10 septembre dernier in USIA Washington File, 21 septembre 1999 « Asst. Sec. Rice Surveys U.S. - Africa Relations ».

[36] Voir Stolz Joëlle, « Un ‘grand frère’ à la forte influence », Le Monde Diplomatique, février 1999, à l’adresse : <http://www.monde-diplomatique.fr/1999/02/STOLZ/11640.html>

[37] Voir Mark Malan, « US Response to African Crises : an Overview and Preliminary Analysis of the ACRI », Occasional Paper (24), août 1997. Il y écrit : « Despite widespread recognition of the ‘new peacekeeping partnership’ between diplomats, soldiers, and civil society, the ACRI is driven primarily by the military, with only minor role-playing allowed for representatives of non-government organisations (NGOs) and private voluntary organisations (PVOs) in the field exercices. These role-players are also highly likely to include expatriates and workers for foreign aid agencies and organisations, rather than indigenous actors. »

Sur la contribution des ONG aux interventions d’urgence de l’ONU, voir différentes contributions dans Weiss Thomas G. et Gordenker Leon (ed.), NGOs, the UN, and Global Governance, Lynne Rienner Publishers, Boulder (USA) – London (RU), 1996, 250p.

[38] Gabriel de Bellescize, Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (RECAMP). Mission de M. de Bellescize auprès de l’Organisation des Nations Unies à New York, 14 - 17 décembre 1998, p. 3, on peut lire cette corrélation étroite entre RECAMP et modules de forces en attente : « Les objectifs du concept RECAMP sont, sous l’égide de l’ONU et avec l’accord de l’OUA, de renforcer les capacités africaines de maintien de la paix, sur le principe des modules de forces en attente de l’ONU, c’est-à-dire d’instruire, d’entraîner et d’équiper en partie, au niveau de la sous-région et avec l’aide de pays donateurs, une capacité africaine de maintien de la paix. »

[39] ONU, Rapport du Secrétaire général sur l’activité de l’Organisation, 1998, §59 et 60, disponible à l’adresse : <http://www.un.org/french/aboutun/unsgf.htm> Un quartier général de la Brigade d’intervention rapide des forces en attente a même été inauguré en septembre 1997, à Copenhague.

[40] Nombre de fois, des résolutions ont été adoptées sur les conflits en cours : Moyen-Orient, Liban, Angola, Corne de l’Afrique, Haïti, Rwanda ; sans compter les textes ayant pour objet central la paix et la sécurité :

·         la Résolution n°6 sur la sécurité internationale (sommet de Chaillot, 1991) qui stipule que les Etats membres « s’engagent ... à soutenir activement l’action de l’ONU notamment les efforts de paix conduits par le Secrétariat général, le Conseil de sécurité tout en exhortant les peuples des régions en crises à résoudre leurs conflits par des moyens pacifiques » ;

·         la Résolution n°1 sur le maintien de la paix et la sécurité internationale (sommet de Maurice, 1993) où les mêmes Etats « réaffirment leur engagement à faire du maintien de la paix une partie intégrante de leur politique étrangère et de leur politique nationale de sécurité » ;

·         et la Résolution n°5 sur la prévention des conflits, la paix et la sécurité internationale (sommet de Cotonou, 2 au 4 décembre 1995) où enfin les Etats ont considéré « que la Francophonie doit jouer un rôle plus grand dans le monde pour l’avènement d’une paix durable, notamment en contribuant davantage à la diffusion d’une culture de tolérance et de paix ».

Enfin la Charte de la Francophonie rappelle le souhait des Etats membres à utiliser les liens qui les unissent « au service de la paix, de la coopération et du développement ».

[41] Rapport du Secrétaire général de la Francophonie : de Hanoi à Moncton 1998-1999, p.3 : « La démocratie, l’Etat de droit et la paix sont au cœur du projet francophone ».

[42] Ainsi l’article premier de la Charte de la Francophonie (adoptée au sommet de Hanoi (Vietnam) le 15 novembre 1997) inscrit au nombre des objectifs, le « renforcement de leur solidarité [celle des Etats membres s’entend] par des actions de coopération multilatérale ». De même la Déclaration du Québec (Canada) résultant du sommet des 2, 3 et 4 septembre 1987, porte ce titre significatif de « Déclaration de solidarité des pays ayant en commun l’usage du français ». Enfin dans la Déclaration de Moncton du 5 septembre 1999, il est question de la « solidarité agissante » des Etats membres de l’organisation.

[43] La Francophonie même fait ce constat dans la déclaration de Moncton du 5 septembre 1999 : « Nous réaffirmons que la paix, la démocratie et le développement durable sont non seulement des objectifs interdépendants, mais aussi des valeurs que nous partageons. La Francophonie ne peut s’accommoder de crises, de conflits, de situations d’occupation, de déplacements de populations et d’atteintes aux droits de l’Homme et à la démocratie, qui sont des freins au développement et nuisent aux efforts de coopération visant le mieux-être de nos populations. » Dans le Plan d’action de Moncton du 5 septembre 1999, on peut lire aussi « Nous réaffirmons que la paix et la sécurité sont indispensables au développement durable. »

[44] Sur cette distinction et la relation entre les deux notions, voir : Malan Mark, « Peacekeeping in Africa – Trends and Responses », Occasional Paper (31), juin 1998 ; Whaley J. David et Piazza-Georgi Barbara, « The Linkage Between Peacekeeping and Peacebuilding », ISS Monograph (10) avril 1997.

[45] Plan d’action de Moncton du 5 septembre 1999.

[46]Cf. Rapport du Secrétaire général de la Francophonie : de Hanoi à Moncton, 1998-1999 ; et le site de l’Agence <http://agence.francophonie.org/agence/part_cooperation.htm>

[47] Voir sur la relation ONU-OIF : Assemblée Générale des Nations Unies, Coopération entre l’Organisation des Nations Unies et l’Organisation internationale de la francophonie, 54ème Session, Point 25 de l’ordre du jour, A/54/397.

* Ces différentes cartes ont été réalisées par Camus ADJOVI, pour qui j’exprime ici toute ma reconnaissance.